Evénement de Parking !

Alain PENZES / Benoît THIOLLENT
9 Juin 2001 - 14h30

 

Evénement de parking

Et le 9 juin 2001,
un petit événement de rien du tout c'est passé
sur le parking des ateliers,

Et cela a commencé vers 14h30,

Et cette fois, Alain a quitté son habit de Sisyphe,
pousseur de pneu,

Pour dérouler du papier et enduire de la moquette,

Et Benoît, comme d'habitude,
a banalement pris sa voiture, la vache,

Et a roulé sur le parking,

Et voilà deux traces noires bien réelles
sur fond blanc, fragiles comme le papier gauffré
et percé par les petits graviers,

Et puis des amis, curieux de voir ces deux chercheurs
jouer au petit poucet,

Oeuvrer dans le laboratoire de la vie,

Ont pris quelques photographies et ont bien rigolé
de voir la banalité ainsi mémorisée !

Et après, Benoît a rangé sa voiture, rentré sa vache,

Alain a roulé le papier...

Et les voitures ont continué de rouler sur le parking,

En ignorant que cet après-midi là,

Un instant,

Un instant seulement, il y avait eu du papier

Sur le sol, comme un moment de virginité en plein soleil...

 

 

 

Ce n'est pas sérieux

Autres que l'écriture de l'être humain qui disparaît petit à petit avec l'utilisation de l'ordinateur, les traces de pneu qui peuplent nos paysages urbains, ne sont-elle spas en tant qu'empreintes des machines dans le macadam, des éléments symbolisant la déhumanisation de notre société ?

Utilisant la circulation routière et sa signalétique comme support de sa démonstration sur le "gâtisme volontaire", Georges Sebbag affirme : "la société contemporaine ne se recompose pas mais se décompose. Et s'évanouit avec elle le sens commun". (1)

C'est peut-être en voulant interroges le sens commun que Benoît Thiollent et Alain Penzes ont réalisé une oeuvre commune le 9 juin 2001 à 14h30, sur le parking de la résidence de leurs ateliers. Pied de nez aux choses dites sérieuses, cette performance avait tout de la boutade !

Presque dadaïste, elle n'avait de provocation que son extrême banalité en voulant se placer loind es performances ou des spectacles sérieux habituels du monde de l'art, se proposant comme quelque chose de ludique entre humour et absurde.

Comme au quotidien Benoît Thiollent a pris sa voiture, à la seule différence qu'Alain Penzes avait étalé du papier sur le sol pour prendre les empreintes.

Déjà en 1953 Robert Rauschenberg avait réalisé une trace de pneu de 7 mètres de long avec une voiture conduite par John Cage. Mais l'objet était resté au stade expérimental. Avec les traces du 9 juin 2001, les deux plasticiens ont cherché un point de rencontre avec leur démarche respective et portent à l'événement des significations qui s'interpellent.

 

Pour Benoît Thiollent, le propos était d'exposer d'une autre manière "sa voiture oeuvre" et de faire oeuvre doublement avec le quotidien : la voiture et sa trace. Détournement de la banalité, mais aussi détournement de son oeuvre.

Pour Alain Penzes, initiateur de l'événement, il y a une oeuvre en plus, une TR, Traces Retrouvées, comme celles effectuées avec son propre vélo ou celui de ses amis. Comme un archéologue anachronique il a prélevé une sorte de mémoire du parking, assimilable aux nombreux non-lieux (2) que fabrique notre société contemporaine.
Le papier a imprimé l'empreinte de la banalité et projeté la peinture dans la réalité, l'espace et le temps.

 

(1) PARPAINGS - Architecture art> paysage n°13 - mai 2000 p12 - Geroges Sebbag, Le gâtisme volontaire, 10/vingt Sens & Tonka.

(2) Marc AUGE, Non-lieux, Librairie du XXe siècle, Seuil, paris, avril 1992.

 

 

 

 
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