|
Ce n'est pas
sérieux
Autres que l'écriture de
l'être humain qui disparaît petit
à petit avec l'utilisation de l'ordinateur,
les traces de pneu qui peuplent nos paysages
urbains, ne sont-elle spas en tant qu'empreintes
des machines dans le macadam, des
éléments symbolisant la
déhumanisation de notre
société ?
Utilisant la circulation
routière et sa signalétique comme
support de sa démonstration sur le
"gâtisme volontaire", Georges Sebbag affirme
: "la société contemporaine ne se
recompose pas mais se décompose. Et
s'évanouit avec elle le sens commun".
(1)
C'est peut-être en voulant
interroges le sens commun que Benoît
Thiollent et Alain
Penzes ont réalisé une
oeuvre commune le 9 juin 2001 à 14h30, sur
le parking de la résidence de leurs
ateliers. Pied de nez aux choses dites
sérieuses, cette performance avait tout de
la boutade !
Presque dadaïste, elle n'avait
de provocation que son extrême
banalité en voulant se placer loind es
performances ou des spectacles sérieux
habituels du monde de l'art, se proposant comme
quelque chose de ludique entre humour et
absurde.
Comme au quotidien Benoît
Thiollent a pris sa voiture, à la seule
différence qu'Alain Penzes avait
étalé du papier sur le sol pour
prendre les empreintes.
Déjà en 1953 Robert
Rauschenberg avait réalisé une trace
de pneu de 7 mètres de long avec une voiture
conduite par John Cage. Mais l'objet était
resté au stade expérimental. Avec les
traces du 9 juin 2001, les deux plasticiens ont
cherché un point de rencontre avec leur
démarche respective et portent à
l'événement des significations qui
s'interpellent.
Pour Benoît Thiollent, le
propos était d'exposer d'une autre
manière "sa voiture oeuvre" et de faire
oeuvre doublement avec le quotidien : la voiture et
sa trace. Détournement de la
banalité, mais aussi détournement de
son oeuvre.
Pour Alain Penzes, initiateur de
l'événement, il y a une oeuvre en
plus, une TR, Traces Retrouvées, comme
celles effectuées avec son propre
vélo ou celui de ses amis. Comme un
archéologue anachronique il a
prélevé une sorte de mémoire
du parking, assimilable aux nombreux non-lieux (2)
que fabrique notre société
contemporaine.
Le papier a imprimé l'empreinte de la
banalité et projeté la peinture dans
la réalité, l'espace et le
temps.
(1) PARPAINGS - Architecture
art> paysage n°13 - mai 2000 p12 - Geroges
Sebbag, Le gâtisme
volontaire, 10/vingt Sens & Tonka.
(2) Marc AUGE, Non-lieux, Librairie du XXe
siècle, Seuil, paris, avril 1992.
|