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Jubilee : Une installation photographique
Contexte historique du projet : Au printemps 1942, durant la seconde guerre mondiale, les forces alliées et les Allemands ne sont séparés que par la Manche. Puisque l'heure n'est pas encore venue d'entreprendre la grande invasion de l'Europe de l'Ouest, les Alliés conviennent d'organiser un raid important contre le port français de Dieppe. On prépare donc les plans d'un raid à grande échelle qui aura lieu en juillet 1942. Le Canada fournira le gros des troupes d'attaque. En voulant entretenir chez les Allemands la peur d'une attaque plus à l'ouest, le raid donnera l'occasion aux alliés de mettre à l'essai de nouvelles techniques et servira d'essai pour préparer la grande attaque amphibie du jour J. Après un premier essai infructueux en juillet, l'opération est reportée en raison du mauvais temps. L'attaque sur Dieppe a finalement lieu le matin du 19 août 1942. Elle porte le nom d'opération Jubilee. En tout, 6100 hommes y participent, dont quelque 5 000 Canadiens. Ce sont les Canadiens qui sont chargés de l'attaque de front. Problèmes de stratégies, problèmes de communications, problèmes d'équipement, au cours de l'opération, plusieurs circonstances font disparaître les chances de réussite du raid. Une chose est sûre, les allemands attendent les forces alliées et l'effet de surprise tant souhaité n'y est pas. L'attaque principale doit avoir lieu sur la plage de galets devant Dieppe une demi-heure après des débarquements sur les flancs à l'est et à l'ouest. Sur la falaise et dans les bâtiments qui surplombent la promenade, les soldats allemands attendent. Les Canadiens subissent de lourdes pertes. La suite est connue. Sur les 4963 Canadiens qui se sont embarqués pour cette opération, seuls 2210 sont revenus en Angleterre, et bon nombre d'entre eux étaient blessés. 1946 hommes sont faits prisonniers de guerre. Ce matin du 19 août 1942, près de 1400 tombent sur les plages dont 913 canadiens .
L'installation in situ Jubilée Ce projet d'installation photographique in situ vise à éveiller le souvenir de ce triste évènement de la seconde grande guerre où 913 hommes sont tombés au combat sur les plages de Dieppe. La volonté première ici est de créer une oeuvre de grande envergure, dans le paysage même du drame historique. Ce projet est inspiré d'une part par l'aménagement des cimetières de Normandie, méthodiquement organisés, ornés de milliers de petites croix blanches. Mais aussi, ce projet s'inspire des murs ornant le musée érigé à la mémoire des victimes du génocide cambodgien, où chaque victime de ce génocide a d'abord été soumise à la prise d'une photographie d'identité. L'installation Jubilée à Dieppe cherche à créer par l'effet d'une immense grille d'images, un monument éphémère pour la paix où 913 visages d'hommes anonymes nous regardent, un cimetière visuel. Sur la plage de Dieppe, à marée basse, 913 portraits photographiques en noir et blanc sont installés parmi les galets, tel un monument aux morts. 913 portraits en noir et blanc d'hommes en âge d'avoir fait ce débarquement. Alors, le présent et le passé se rencontrent. L'ambiguïté saisissante repose ici sur le fait que tous ces portraits hommes sont semblables et pourtant profondément différents. Bien qu'il ne s'agisse pas des véritables combattants du raid de Dieppe, on est à même de croire que se sont eux. Grâce à tous ces visages anonymes, l'ensemble nous renvoie à un portrait global, l'image de l'homme moyen, un portrait de société. De fausses archives en quelque sorte. Installées grâce à la collaboration de jeunes de la région dieppoise et avec le concours de la MJC de Dieppe, les photographies sont plantées directement dans les galets sur la plage. L'installation dure toute la journée du 18 juillet 2002. D'un point de vue élevé, une ultime photographie est réalisée, en couleur, fixant l'ensemble de ces 913 portraits dans le paysage. Puis, une série de photographies couleur est réalisée, des détails, suivant la disparition des photographies noir et blanc en mer avec la marée montante. Une bande vidéo est en cours de réalisation sur l'ensemble du projet. L'exposition Les images résultant de l'installation, seules véritables traces, ont ensuite été exposées dans le hall d'entrée du centre Jean Renoir à Dieppe jusqu'à la fin de l'été. Des images documentant la lente destruction de l'oeuvre par l'effet de la marée. Le 19 juillet 2002, plus de 500 portraits des 913 ayant servi à l'installation sur la plage ont été laissés devant le cimetière marin et l'église de Varengeville-sur-mer, à l'extérieur. Elles sont toujours là.
Bertrand Carrière
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